Le jour où je saurai tout seul couper ma viande
Et trier sans effort tous les mots que je dis
Entrer dans un palace et passer la commande
Sans me prendre aussitôt les pieds dans le tapis
Le jour où je saurai compter jusqu’à cinquante
Et ranger des millions dans mon petit panier
Quand j’aurai redressé ma vieille dalle en pente
Et que l’élite m’aura enfin dans ses papiers
Le jour où je saurai m’avancer dans la vie
Sans redouter mon ombre et sans raser les murs
Ayant récupéré mon froc sous les orties
Clamant des vérités dont je ne suis pas sûr
Quand je n’aurais plus peur de traiter de bourrique
Ces chevaux en armures dressés dans les jardins
Entre l’Académie et le kiosque à musique
Quand j’aurai retrouvé mon Grec et mon latin
Le jour où je saurai voir enfin dans la glace
Mes yeux sans sourciller et mes dents sans frémir
Je serai sans problème avec le temps qui passe
Je n’aurai même plus le temps de voir venir
Ce jour-là je le sens, je le flaire à distance
Le jour où je saurai marcher seul dans le noir
Je sauterai le pas dans le plus grand silence
Y aura toujours un con, pour vous le faire savoir
— Bernard Dimey — musique : JeHaN Cayrecastel — Éditions Paroles de Dimey